à l'extrémité du Kander Thal, il avait quitté son cheval et pris un guide pour monter le plateau du Schwalbach, qui sépare l'Oberland du Valais,quand, à moitié chemin, une avalanche, roulant du mont Attels, l'avait entraîné avec elle dans un abîme, le guide avait été sauvé comme par miracle, Pendantce temps, le mal faisait des progrès terribles. On avait été obligé de raser la tête du malade qui portait des cheveux trèslongs, afin de lui appliquer dela glace sur le crâne, A partir de ce moment, le moribond n'avait plus conservé aucun espoir, et, dans un moment de calme, il avait XI LE BRACELET DECHEVEUX. 114 Page 118 Les mille et un fantomes écrit à sa femme, «Chère Bertha, «Je vais mourir, mais je ne veux pas me séparer de toi tout entier.Faistoi faire un bracelet des cheveux qu'on vient de me couper et que je fais mettre à part. Portele toujours, et il me semble qu'ainsi nous serons encore réunis. «Ton FRÉDÉRICK.» Puis il avait remis cette lettre à un troisième exprès, à qui il avait ordonné de partir aussitôt qu'il serait expiré. lacoste soldes Le soir mêmeil était mort. Une heure après sa mort, l'exprès était parti, et, plus heureux que ses deux prédécesseurs, il était, vers la fin du cinquième jour, arrivé àLouesche, Mais il avait trouvé la femme aveugle et sourde, au bout d'un mois seulement, grâce à l'efficacité des eaux, cette double infirmité avait commencéà disparaître, Ce n'était qu'un autre mois écoulé qu'on avait osé apprendre à la femme la fatale nouvelle à laquelle du reste les différentes visionsqu'elles avaient eues l'avaient préparée, Elle était restée un dernier mois pour se remettre complètement . enfin, après trois mois d'absence, elle étaitrepartie pour Bâle, Comme, de mon côté, j'avais achevé mon traitement, que l'infirmité pour laquelle j'avais pris les eaux et qui était un rhumatisme,allait beaucoup mieux, je lui demandai la permission de partir avec elle, ce qu'elle accepta avec reconnaissance, ayant trouvé en moi une personne à quiparler de son mari, que je n'avais fait qu'entrevoir au moment du départ, mais enfin que j'avais vu. Nous quittâmes Louesche, et le cinquième jour, au soir,nous étions de retour à Bâle, Rien ne fut plus triste et plus douloureux que la rentrée de cette pauvre veuve dans sa maison . comme les deux jeunes époux étaient seuls au monde, le mari mort, on avait fermé le magasin, le commerce avait cessé comme cesse le mouvement lorsqu'une pendule s'arrête, On envoyachercher le médecin qui avait soigné le malade, les différentes personnes qui l'avaient assisté à ses derniers moments, et par eux, en quelque sorte, onressuscita cette agonie, on reconstruisit cette mort déjà presque oubliée chez ces coeurs indifférents. Elle redemanda au moins ces cheveux que son mari luiléguait. XI LE BRACELET DE CHEVEUX. doudoune lacoste pas cher, 115 Page 119 Les mille et un fantomes Le médecin se rappela bien avoir ordonné qu'on les lui coupât . le barbier sesouvint bien d'avoir rasé le malade, mais voilà tout. Les cheveux avaient été jetés au vent, dispersés, perdus. La femme fut désespérée, ce seul et unique désir du moribond, qu'elle portât un bracelet de ses cheveux, était donc impossible à réaliser. Plusieurs nuits s'écoulèrent . nuits profondément tristes,pendant lesquelles la veuve, errante dans la maison, semblait bien plutôt une ombre ellemême qu'un être vivant. A peine couchée, ou plutôt à peine endormie,elle sentait son bras droit tomber dans l'engourdissement, et elle ne se réveillait qu'au moment où cet engourdissement lui semblait gagner le coeur.